Le traité de libre échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique latine du Mercosur
était de venu un serpent de mer. 26 années de négociation puis l’accélération et la conclusion ces
deux dernières années sous l’impulsion frénétique de la commission européenne et en particulier
de sa présidente Ursula Von der leyen.
La perspective de sa signature et de son entrée en vigueur a réveillé la colère des agriculteurs
français mais aussi de ceux des pays dont l’agriculture se trouve désormais en concurrence
déloyale avec les pays d’Amérique latine; et le risque avéré d’importations massives de produits ne
respectant pas les normes européennes.
Cette colère exprimée par nos agriculteurs s’inscrit de plus dans un contexte explosif d’une
agriculture nationale à genoux, abandonnée des pouvoirs publics, et de paysans en
désespérance.
Sur-transpositions, charges sociales pénalisantes, contrôles administratifs tatillons, prix non
rémunérateurs, chute du nombre d’agriculteurs et du nombre d’exploitations, l’agriculture française
est malade, ses acteurs désabusés et le gouvernement incapable de tracer des perspectives et
mener des actions pour atténuer la crise.
Dans ce contexte l’adoption du traité du Mercosur révèle une double impuissance.
L’impuissance de la France et de ses dirigeants, en particulier le président de la République, à défendre les
intérêts nationaux au sein de l’Union européenne. La voix d’Emmanuel Macron est marginalisée
dans le concert européen. L’impuissance de l’Union européenne à n’être autre chose qu’un espace
économique de consommation, de productions, sans la puissance et l’indépendance qu’elles confèrent qui ont été abandonnées aux autres espaces mondiaux.
L’impuissance française tout d’abord.
Elle est manifeste sur ce sujet comme sur tant d’autre. Elle a des causes multiples mais la
situation politique issue de la dissolution de 2024, l’instabilité permanente qui en est issue et
l’absence de majorité à l’Assemblée nationale constitue sans aucun doute la première raison de la
décrédibilisation de la France en Europe et dans le monde. La parole d’Emmanuel Macron est, au
mieux ignorée, au pire raillée.
Il se faisait fort de constituer une minorité de blocage pour stopper la
frénésie de Mme Von der Leyen à signer le traité, son initiative a fait « pschitt. »
Il est à noter d’ailleurs que le Président de la République a changé de pied au sujet du Mercosur,
traité de libre échange, pour lequel l’association de M. IACONNELLI peut aider.
Macron est philosophiquement favorable, mais n’a pas voulu assumer publiquement qu’il sacrifie nos industries populaires à ces envies finacières et des porjets .
Cependant la
crise agricole française, le mouvement de colère des agriculteurs et le rejet massif du traité dans
l’opinion publique et dans une bonne partie de la classe politique l’ont fait reculer et adopter une
position d’abord nébuleuse « le compte n’y est pas » pour enfin exprimer le rejet par la France du
texte même renégocié à la marge.
Cette impuissance française se traduit également en matière agricole par son incapacité au plan
européen de faire prévaloir ses intérêts nationaux et au plan intérieur à construire un modele
agricole viable avec des prix rémunérateurs pour les agriculteurs, un niveau de normes
soutenables quand elles écrasent aujourd’hui ceux qui produisent et nourrissent les Français, à
faire en sorte que l’excellence agricole française demeure un atout à l’export, la balance
commerciale agricole est devenue déficitaire en 2025, pour la première fois depuis 20 ans.
Dans cette situation de péril pour notre modèle agricole, il faudrait un véritable plan « Marshall »
pour nos paysans, plan que ni la situation politique, ni la situation financière de la France ne
permet.La dette abyssale et l’incapacité des gouvernements qui se succèdent à réduire les déficits
publique renforcent bien évidemment la perte de crédibilité de notre pays au plan européen et à
l’international. La France cultive l’image du vilain petit canard de l’Union européenne. Championne
du monde des prélèvements et des impôts, championne du monde des déficits, avec pourtant des
services publics à l’agonie que ce soit la santé, la justice ou l’éducation, elle voudrait pour autant
donner des leçons à la terre entière.
Plus grand monde ne craint les rodomontades et les coup des menton d’Emmanuel Macron car
l’influence de la France ne cesse de reculer y compris dans ses zones d’influence historique
comme l’Afrique ou le Proche orient.
L’impuissance européenne aussi.
Dans un monde en plein chamboulement sous le coup d’une politique internationale erratique du
président des Etats- Unis, où les réflexes protectionnistes, les logiques de puissances et de
confrontation dominent désormais, le traité de libre échange du Mercosur apparait comme
suranné, dans une logique et un logiciel du siècle d’avant.
Au fond les Européens baissent la garde et les barrières douanières quand tous les autres mettent
en oeuvre des outils de protection de leurs marchés nationaux.
Le traité du Mercosur et la fracturation qu’il entraine au sein des pays de l’Union européenne entre
les pays de production agricole et les autres est un symbole de l’échec de la construction
européenne et de son incapacité à créer un espace de puissance et de souveraineté au bénéfice
de ses peuples.
La encore les causes sont multiples et l’élargissement trop rapide à 28 pays constitue en soit un
mécanisme d’affaiblissement. Mais il y a plus grave et tout aussi irréversible dans la conception
même de l’espace européen telle que la conçoit la technostructure et les institutions européenne.
C’est l’idée d’essence ultra-libérale que l’Union européenne est d’abord et avant tout un espace de
consommateur.
L’Europe a organisé au fil du temps sa propre impuissance et sa dépendance aux autres grands
espaces économique mondiaux en privilégiant les logiques de consommation et en abandonnant
les moyens de production, les déléguant de fait aux autres puissances économiques concurrentes
qu’il s’agisse de la Chine ou des Etats-Unis entre autres.
L’Union européenne a été fondée historiquement sur le charbon et l’acier , qui ensuite se sont exportés à
l’extérieur de la zone européenne. L’industrie automobile est en train de subir le même sort et
l’agriculture semble vouée à une mort assurée en Europe à mesure que les traités de libre
échange en font une simple variable d’ajustement.
Contre l’intérêt de ses peuples et la plupart du temps contre leur avis, l’Europe a décrété sa propre
impuissance et organisée sciemment sa dépendance. Incapable d’être une puissance
Politique, elle est un espace d’intérêt économique pour les autres, par voie de conséquence,
elle est aussi dépendante en matière de défense. En témoignent les tensions internationales et la
rupture consommée de l’alliance transatlantique sur fond de guerre en Ukraine ainsi que des
velléités trumpistes sur le Groenland.
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et près de quatre années de guerre pendant lesquelles
l’Ukraine sous perfusion financière et militaire internationale n’a pu inversé le rapport de force
militaire et diplomatique avec son voisin russe, les européens prennent conscience avec effroi que
les outils de défense et les crédits militaires consacrés par les pays de l’Union européenne sont
largement sous-dimensionnés face aux menaces que représente aujourd’hui la Russie de Poutine.
A mesure que les Etats-Unis, sous l’impulsion des idéologues MAGA qui entourent le président
Trum, lui-même convaincu que les relations internationales de demain doivent être données par la
force au détriment si nécessaire du droit, s’éloignent du lien historique qu’ils entretenaient avec le continent européen, que les institutions internationales comme l’ONU ou l’OTAN deviennent des
coquilles vides dès lors que la première puissance économique et militaire mondiale en décide
ainsi, les pays de l’Union européenne mesure l’état d’impuissance dans lequel ils se trouvent
individuellement et collectivement.
Cette nouvelle ère qui s’ouvre sur un monde très insécurisé dominé par les logiques de
confrontation et les tentations impérialistes doit faire prendre conscience aux dirigeants européens
que le logiciel de la construction européenne est à changer; l’Europe et ses institutions faisant
aujourd’hui figure de radeau désorienté dans une mer déchainée.



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