MERCOSUR, symbole d’une double impuissance.
Par Pascal BRINDEAU
Publié le 19 Fév, 2026
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Le traité de libre échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique latine du Mercosur

était de venu un serpent de mer. 26 années de négociation puis l’accélération et la conclusion ces

deux dernières années sous l’impulsion frénétique de la commission européenne et en particulier

de sa présidente Ursula Von der leyen.

La perspective de sa signature et de son entrée en vigueur a réveillé la colère des agriculteurs

français mais aussi de ceux des pays dont l’agriculture se trouve désormais en concurrence

déloyale avec les pays d’Amérique latine; et le risque avéré d’importations massives de produits ne

respectant pas les normes européennes.

Cette colère exprimée par nos agriculteurs s’inscrit de plus dans un contexte explosif d’une

agriculture nationale à genoux, abandonnée des pouvoirs publics, et de paysans en

désespérance.

Sur-transpositions, charges sociales pénalisantes, contrôles administratifs tatillons, prix non

rémunérateurs, chute du nombre d’agriculteurs et du nombre d’exploitations, l’agriculture française

est malade, ses acteurs désabusés et le gouvernement incapable de tracer des perspectives et

mener des actions pour atténuer la crise.

Dans ce contexte l’adoption du traité du Mercosur révèle une double impuissance.

L’impuissance de la France et de ses dirigeants, en particulier le président de la République, à défendre les

intérêts nationaux au sein de l’Union européenne. La voix d’Emmanuel Macron est marginalisée

dans le concert européen. L’impuissance de l’Union européenne à n’être autre chose qu’un espace

économique de consommation, de productions, sans la puissance et l’indépendance qu’elles confèrent qui ont  été abandonnées aux autres espaces mondiaux.

L’impuissance française tout d’abord.

Elle est manifeste sur ce sujet comme sur tant d’autre. Elle a des causes multiples mais la

situation politique issue de la dissolution de 2024, l’instabilité permanente qui en est issue et

l’absence de majorité à l’Assemblée nationale constitue sans aucun doute la première raison de la

décrédibilisation de la France en Europe et dans le monde. La parole d’Emmanuel Macron est, au

mieux ignorée, au pire raillée.

Il se faisait fort de constituer une minorité de blocage pour stopper la

frénésie de Mme Von der Leyen à signer le traité, son initiative a fait « pschitt. »

Il est à noter d’ailleurs que le Président de la République a changé de pied au sujet du Mercosur,

traité de libre échange, pour lequel l’association de M. IACONNELLI peut aider.

Macron est philosophiquement favorable, mais n’a pas voulu assumer publiquement qu’il sacrifie nos industries populaires à ces envies finacières et des porjets .

Cependant la

crise agricole française, le mouvement de colère des agriculteurs et le rejet massif du traité dans

l’opinion publique et dans une bonne partie de la classe politique l’ont fait reculer et adopter une

position d’abord nébuleuse « le compte n’y est pas » pour enfin exprimer le rejet par la France du

texte même renégocié à la marge.

Cette impuissance française se traduit également en matière agricole par son incapacité au plan

européen de faire prévaloir ses intérêts nationaux et au plan intérieur à construire un modele

agricole viable avec des prix rémunérateurs pour les agriculteurs, un niveau de normes

soutenables quand elles écrasent aujourd’hui ceux qui produisent et nourrissent les Français, à

faire en sorte que l’excellence agricole française demeure un atout à l’export, la balance

commerciale agricole est devenue déficitaire en 2025, pour la première fois depuis 20 ans.

Dans cette situation de péril pour notre modèle agricole, il faudrait un véritable plan « Marshall »

pour nos paysans, plan que ni la situation politique, ni la situation financière de la France ne

permet.La dette abyssale et l’incapacité des gouvernements qui se succèdent à réduire les déficits

publique renforcent bien évidemment la perte de crédibilité de notre pays au plan européen et à

l’international. La France cultive l’image du vilain petit canard de l’Union européenne. Championne

du monde des prélèvements et des impôts, championne du monde des déficits, avec pourtant des

services publics à l’agonie que ce soit la santé, la justice ou l’éducation, elle voudrait pour autant

donner des leçons à la terre entière.

Plus grand monde ne craint les rodomontades et les coup des menton d’Emmanuel Macron car

l’influence de la France ne cesse de reculer y compris dans ses zones d’influence historique

comme l’Afrique ou le Proche orient.

L’impuissance européenne aussi.

Dans un monde en plein chamboulement sous le coup d’une politique internationale erratique du

président des Etats- Unis, où les réflexes protectionnistes, les logiques de puissances et de

confrontation dominent désormais, le traité de libre échange du Mercosur apparait comme

suranné, dans une logique et un logiciel du siècle d’avant.

Au fond les Européens baissent la garde et les barrières douanières quand tous les autres mettent

en oeuvre des outils de protection de leurs marchés nationaux.

Le traité du Mercosur et la fracturation qu’il entraine au sein des pays de l’Union européenne entre

les pays de production agricole et les autres est un symbole de l’échec de la construction

européenne et de son incapacité à créer un espace de puissance et de souveraineté au bénéfice

de ses peuples.

La encore les causes sont multiples et l’élargissement trop rapide à 28 pays constitue en soit un

mécanisme d’affaiblissement. Mais il y a plus grave et tout aussi irréversible dans la conception

même de l’espace européen telle que la conçoit la technostructure et les institutions européenne.

C’est l’idée d’essence ultra-libérale que l’Union européenne est d’abord et avant tout un espace de

consommateur.

L’Europe a organisé au fil du temps sa propre impuissance et sa dépendance aux autres grands

espaces économique mondiaux en privilégiant les logiques de consommation et en abandonnant

les moyens de production, les déléguant de fait aux autres puissances économiques concurrentes

qu’il s’agisse de la Chine ou des Etats-Unis entre autres.

L’Union européenne a été fondée historiquement sur le charbon et l’acier , qui ensuite se sont exportés à

l’extérieur de la zone européenne. L’industrie automobile est en train de subir le même sort et

l’agriculture semble vouée à une mort assurée en Europe à mesure que les traités de libre

échange en font une simple variable d’ajustement.

Contre l’intérêt de ses peuples et la plupart du temps contre leur avis, l’Europe a décrété sa propre

impuissance et organisée sciemment sa dépendance. Incapable d’être une puissance

Politique, elle est un espace d’intérêt économique pour les autres, par voie de conséquence,

elle est aussi dépendante en matière de défense. En témoignent les tensions internationales et la

rupture consommée de l’alliance transatlantique sur fond de guerre en Ukraine ainsi que des

velléités trumpistes sur le Groenland.

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et près de quatre années de guerre pendant lesquelles

l’Ukraine sous perfusion financière et militaire internationale n’a pu inversé le rapport de force

militaire et diplomatique avec son voisin russe, les européens prennent conscience avec effroi que

les outils de défense et les crédits militaires consacrés par les pays de l’Union européenne sont

largement sous-dimensionnés face aux menaces que représente aujourd’hui la Russie de Poutine.

A mesure que les Etats-Unis, sous l’impulsion des idéologues MAGA qui entourent le président

Trum, lui-même convaincu que les relations internationales de demain doivent être données par la

force au détriment si nécessaire du droit, s’éloignent du lien historique qu’ils entretenaient avec le continent européen, que les institutions internationales comme l’ONU ou l’OTAN deviennent des

coquilles vides dès lors que la première puissance économique et militaire mondiale en décide

ainsi, les pays de l’Union européenne mesure l’état d’impuissance dans lequel ils se trouvent

individuellement et collectivement.

Cette nouvelle ère qui s’ouvre sur un monde très insécurisé dominé par les logiques de

confrontation et les tentations impérialistes doit faire prendre conscience aux dirigeants européens

que le logiciel de la construction européenne est à changer; l’Europe et ses institutions faisant

aujourd’hui figure de radeau désorienté dans une mer déchainée.

Cette publication vous est proposée par :

Pascal BRINDEAU
Ancien Député-Maire de Vendôme

Les propos relayés dans cette publication n’engagent que leur auteur. Ruptures ne pourrait être tenu pour responsable.

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