Donald TRUMP a été réélu il y a un an. Et le film de cette première année laisse pantois.
Souvenons nous qu’à cette même période de l’année, il avait commencé par « gouverner » sans attendre d’être investi, comme le veut la tradition démocratique américaine. Il multipliait les annonces de nominations, de limogeages, de poursuites judiciaires, de menaces contre magistrats, policiers et fonctionnaires censés lui avoir « manqué ». Il annonçait sans coup férir des décisions politiques ou économiques qui obligeaient tous les acteurs à les anticiper, avant même qu’elles deviennent lois, et n’avait de cesse de pousser à la reddition chefs d’entreprises, organes de presse et fonctionnaires sommés de faire allégeance.
Entré en fonction, ce fût pire. Le bureau ovale fut transformé en studio de télévision, ici pour annoncer des lois anti-immigration spectaculaires (le show comptant plus que le contenu), là pour humilier en direct le Président Ukrainien, ou encore pour annoncer des taxes invraisemblables un jour, quitte à les retirer le lendemain. Celui qui avait promis de mettre fin à la guerre en Ukraine en « un jour », n’en finissait pas de s’aplatir devant Poutine, tandis qu’il laissait le Premier Ministre Israëlien perpétrer des crimes de masse sans broncher.
Tout en ayant gracié à tour de bras ses militants factieux qui avaient tenté un coup d’état lors de sa défaite de 2020, il a multiplié les mobilisations de la Garde Nationale dans plusieurs villes et États démocrates, pour bien signifier qu’il n’hésiterait pas à prendre le pouvoir par la force si on lui résistait.
Le Congrès Américain, symbole d’une véritable démocratie où les parlementaires savaient s’opposer à l’exécutif, n’est même plus une chambre d’enregistrement, puisque le Président des USA entend se passer de leur vote pour appliquer ses politiques, notamment en matière de taxes à l’importation. La banque fédérale (FED) dont l’indépendance a toujours été la garantie (pour les entreprises et le monde dollarisé) de politiques monétaires responsables est sommée de se soumettre et d’obéir à la Maison Blanche. Même la Cour Suprême, composée à sa main entre 2016 et 2020, dont les membres sont pourtant nommés à vie, tremble à l’idée d’émettre un jugement qui puisse déplaire au Chef de l’État.
Mais en plus de cet effondrement des institutions démocratiques censées « limiter le pouvoir par d’autres pouvoirs », l’affairisme le plus décomplexé s’affiche quotidiennement au sommet de l’État.
C’est ainsi qu’on voit la famille présidentielle multiplier les prises de participation dans des entreprises ou projets d’investissements que le Président favorise honteusement par ses décisions (en Ukraine, au proche et moyen orients, ou ailleurs) qu’il s’agisse de cryptomonnaies, de pétrole ou d’immobilier. Sans compter les investissements étrangers et à l’étranger, dont la famille TRUMP profite allègrement grâce à une diplomatie toute entière mise au service de ses intérêts financiers. Le clou du spectacle fût, récemment, la visite du prince d’Arabie Saoudite dans le bureau ovale, déversant des milliards d’investissement aux États-Unis mais dont on connaît les investissements croisés avec le gendre de M. TRUMP.
Ce mélange d’intérêts personnels et de décisions publiques est si patent, si reconnu et si accepté désormais, que des États lui offrent des cadeaux à titre personnel (comme un second « Air Froce One », ou une statue en or par le Président de la FIFA).
Cet affairisme au pouvoir, apparemment sans limite et totalement décomplexé, mine jusqu’à l’idée même de démocratie puisqu’il n’illustre qu’une oligarchie ploutocratique.
Et c’est encore plus grave quand il s’agit des USA, dont le rêve américain était l’étendard de l’aspiration démocratique qui s’est propagée dans le monde après la seconde guerre mondiale.
Ce rêve consistait certes à s’enrichir, poussait certes à l’individualisme, prétendait certes à un universalisme. Mais il le faisait au nom d’une morale (largement teintée de Christianisme) et de valeurs qui poussaient au dépassement de soi, au service d’une communauté nationale (et parfois raciale ou religieuse), mais avec une forme de synchrétisme, et qui surtout se voulaient universelles. Comme toute démocratie, ce rêve ne pouvait exister que parce qu’il permettait à la fois d’améliorer la situation matérielle des classes moyennes et de leur donner leur mot à dire sur la conduite des affaires publiques. En supprimant un de ces deux facteurs, il en condamne le projet tout entier!
Là, il ne reste que l’enrichissement personnel, la valorisation du compte en banque, l’écrasement de ceux qui pourraient partager ces anciennes valeurs, pour peu qu’il y ait un profit à en tirer. Qu’il s’agisse d’un pays, d’un groupe économique et social, ou d’un individu, on « n’est » plus que parce que l’on pèse pas parce à quoi on aspire collectivement.
Ne nous méprenons pas. TRUMP n’est pas fou. Ce qu’il est en train de faire au profit de l’économie et des intérêts stratégiques des USA n’a rien de fou. Là où le multilatéralisme fût l’obsession de tous les dirigeants depuis 1945, quitte parfois à oublier les intérêts de leur pays, TRUMP et le mouvement MAGA portent une autre logique.
Dans la perspective de l’affrontement du siècle entre les USA et la Chine pour le leadership mondial, il cherche à renforcer son pays, au détriment de tout autre considération. Il renforce les USA notamment dans les domaines de l’énergie, de l’industrie, de l’impérieux numérique, de l’avance technologique, de l’imposition de lois extra-territoriales, et de la puissance militaire. Il redonne à son peuple l’impression du pouvoir, de la capacité à s’enrichir et d’être une lumière du monde.
Mais dans ce mouvement, il y a une faille majeure qui va conduire à l’effondrement de la toute puissance américaine.
L’abus de cette toute puissance avec des profits affairistes, l’absence de considération d’alliés désormais ouvertement considérés comme des féaux, la disparition si criante des contre pouvoirs nécessaires au pouvoir du peuple américain, l’ignorance des subtilités de cultures différentes, la volonté d’hégémonie religieuse et l’ignorance de la culture chinoise du temps long sont autant de talons d’Achille mortels.
La Chine a le temps, TRUMP ne l’a déjà plus (élections dans un an). Le viol des contre pouvoirs creuse des scissions violentes au sein de la société américaine. La soumission des alliés d’hier affaiblit en fait l’ensemble sur lequel régnait les USA. L’ignorance de cultures et aspirations différentes a déjà construit des désastres comme le « Vietnam » malgré (déjà) la toute puissance de l’époque.
Enfin, l’affairisme ne fait rêver que les affairistes, pas les peuples!
Or, même s’ils couvraient ou cachaient des intérêts économiques puissants. Même si tout contre pouvoir peut avoir des limites. Même si les différences de cultures peuvent être contre battues par le « softpower » culturel et idéologique, il n’en restait pas moins que la société américaine, avec ses excés et ses dérives, pouvait paraître enviable à de nombreux peuples infiniment moins favorisés.
Mais l’indécence de l’excès de puissance, de vénalité et de mépris ainsi affichés sans complexe, ne peuvent que conduire au rejet du modèle américain. Et pire, conduire à repeindre une dictature sanguinaire et eugénique, comme la Chine (CF les Ouighours), comme une alternative à un pseudo modèle démocratique dont la main de fer dans un gant de velours finira par sembler plus sympathique à tous ceux qui souffrent dans le monde.
Et ça ce sera la fin du leadership américain! Hélas pour des européens qui, par pusillanimité, ont décidé de sortir de l’histoire du siècle.



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