LA SYRIE EN VOIE DE LIBANISATION?
Par Pascal BRINDEAU
Publié le 16 Mar, 2025
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Le massacre récent de civils des minorités alaouites et chrétiennes dans le nord ouest de la Syrie, perpétré à la suite d’actes de rébellion de fidèles de l’ancien dictateur Bachar El Assad contre le nouveau régime nous rappelle la complexité de la situation de ce pays situé entre la Turquie au Nord, l’Irak à l’est et le Liban et la Jordanie au sud.
La chute de Bachar El-Assad, et la prise du pouvoir par le groupe djihadiste du HTC, ne pouvait signifier la pacification immédiate et automatique de ce patchwork multi-ethnique, marqué par la fragmentation de sa société.
S’ajoute à cela les influences extérieures de la Turquie , de l’Iran, du Hezbollah libanais et la multiplicité des groupes, jihadistes pour certains, qui ont joint leur action pour faire tomber le régime assadien, mais dont l’unité de vue n’est absolument pas avérée.
Le nouvel homme fort de la Syrie Ahmed Al-, malgré un discours international qui se voulait rassurant sur les intentions du nouveau régime sur la protection des minorités et la réconciliation nationale, devra donner des gages après ce qui s’est passé dans les villes à majorité alaouite et chrétiennes dans l’ouest du pays; avec l’exécution sommaire de plusieurs centaines de civils selon les ONG internationales.
Il semblerait bien que les premières déclaration du nouveau président par intérim à la suite de la chute du régime de Bachar n’ait été qu’une stratégie permettant la levée des sanctions internationales contre le pays et une posture de respectabilité diplomatique dans laquelle nombre de pays, y compris la France, se sont laissés piéger.

À l’évidence, une transition vers un régime démocratique et une société pacifiée est loin d’être atteinte et semble avoir été l’enthousiasme imprudent de nombreux commentateurs et acteurs diplomatiques internationaux .

Il fut sans doute aussi l’espoir de très nombreux syriens de la diaspora ayant fui la répression de Bachar El-Assad.
La priorité du nouveau pouvoir au travers de ces événements récents semblent d’abord et avant tout d’unifier les factions djihadistes autour du HTC, ce qui n’augure rien de bon pour les populations des minorités et en particulier les alaouites.
Le premier enjeu du nouveau régime est pourtant celui de la souveraineté de la Syrie qui doit être préservée d’influences extérieures plus ou moins bien intentionnées . C’est aussi un enjeu intérieur, dans la mesure où il n’y à pas aujourd’hui d’institutions gouvernementales, militaires suffisamment solides pour garantir la préservation de cette souveraineté ainsi que la sécurité sur l’ensemble du territoire morcelé en zones d’influence et de contrôle de différentes factions armées.
Le deuxième enjeu est d’ordre politique et religieux . Le nouveau pouvoir tentera-t-il d’imposer une république islamique avec les dérives que connaît l’Afghanistan depuis le retour au pouvoir des Talibans , ou bien sera-t-il respectueux des minorités ethniques et religieuses permettant à chacun de coexister de manière pacifique ? Depuis trois mois le doute était permis et bénéficiait aux déclarations de Ahmed Al-Charaa. Ce doute semble se dissiper hélas au travers des exactions commises ces derniers jours par le nouveau régime ou avec son aval.

La co-existence pacifique de minorités dans un pays multi-ethnique et multi-culturel rappelle la situation du Liban et les drames que vit ce pays voisins depuis des décennies faute de pouvoir garantir cette coexistence pacifique.

Ainsi le risque de « libanisation » de la Syrie est grand si le processus constitutionnel en cours devait déboucher sur la domination des islamistes et l’isolement des alaouites et autres minorités kurdes et druzes en particulier. Ces minorités qui sont restées armées pour ne pas subir le même sort que les alaouites et qui disposent de surcroît de soutiens extérieurs.
La pacification qui semblait possible s’éloigne aujourd’hui pour laisser place aux logiques de vengeance et de repli communautaire.

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Pascal BRINDEAU
Pascal BRINDEAU, ancien Député-Maire de Vendôme

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