Alors que s’est déroulée du 15 au 22 mars la 30e édition de la semaine de la francophonie, les chiffres sur la progression du nombre de personnes parlant la langue de Molière , 321 millions , ils seront plus de 750 millions d’ici 2050 en raison de la dynamique démographique africaine , cachent une réalité beaucoup contrastée.
Le recul avéré de l’influence de la langue française corrobore le déclin international de la France en matière économique et diplomatique, déclin qui s’est accéléré notoirement cette dernière décennie.
Dans les pays de l’Union européenne, à l’exception des pays francophones comme la Belgique ou la Suisse, dans lesquels la situation de l’apprentissage du Français est figée mais souffre de contestations de plus en plus importantes, le Français est enseigné mais très loin de l’anglais et dans la mesure où il existe deux langues étrangères au programme scolaire.
S’il garde une place honorable dans certains pays, la Roumanie, Chypre et le Portugal, cependant inférieure à l’époque où il était obligatoire comme représentant la culture humaniste, en Allemagne seulement 15 % des élèves apprennent désormais le Français.
S’agissant des institutions européennes, le recul est encore plus marqué et ce malgré le Brexit dont on aurait pu penser qu’il aurait eu des conséquences sur l’utilisation de la langue anglaise dans les documents de travail des institutions européennes. Déjà en 2024 le Sénat pointait cet affaiblissement. Dans leur rapport les sénateurs dénoncent « la dérive vers un monolinguisme anglophone dans les organisations internationales » et ce constat est « particulièrement alarmant dans les institutions européennes ».
Le français ne représente que 2 % des documents du Conseil européen, 3,7 % de la Commission européenne et 11,7 % du Parlement européen. Elle est pourtant l’une des langues officielles de l’UE.
Face à ce constat, les sénateurs recommandent de « mener une stratégie offensive en lien avec les pays francophones de l’Union européenne pour que le français demeure la langue de travail des institutions européennes ». Cette recommandation tout comme celle de créer un « Erasmus » francophone est restée lettre morte.
Sur le continent nord américain , exception faite du Québec , l’usage et l’apprentissage de notre langue devient résiduel dans les États des Etats-Unis (Nouvelle Angleterre , Louisiane , Virginie ). Au Canada pourtant membre de l’Organisation internationale de la Francophonie indépendamment du Québec qui est en membre à part entière , la pratique et l’apprentissage du Français sont en recul . Le poids relatif de sa pratique dans cet État fédéral (23 %) masque une réalité très contrastée.
En Afrique, la démographie cache la réalité. La France est en train de sortir de l’histoire du continent africain rejetée politiquement, diplomatiquement, militairement et économiquement au profit d’autres puissances émergentes qu’il s’agisse de la Chine , de la Russie ou des États islamiques du golfe.
Derniers exemples en date et non moins symboliques le Niger, le Burkina Faso et le Mali , trois pays entretenant une histoire profonde avec la France, sa langue et sa culture viennent de quitter l’OIF. C’est l’hostilité qui prédomine désormais envers notre pays marqué à la fois par un rejet diplomatique et désormais linguistique. Le Niger précisément où l’Organisation internationale de la Francophonie a été créée en 1970 et dont la langue officielle est le Français.
Nous le voyons le recul certain de l’influence linguistique française va de pair avec son affaiblissement diplomatique dans des parties du monde ou pourtant , au delà de la langue c’est la culture et le message universaliste de la France qui rayonnait à travers la francophonie.
Un sursaut, le réveil français et le réveil du Français passeront par une prise de conscience de ce que notre pays est la plupart du temps vécu comme arrogant par des peuples avec qui nous avons une histoire partagée, souvent coloniale. Et où les blessures du passé sont savamment entretenues par des régimes politiques qui nous sont hostiles, précisément à cause de notre arrogance, et il faut bien le dire de celle de l’actuel Président de la République au premier chef .
Ce réveil se fera également au prix de nouvelles stratégies et de moyens déployés en faveur de la langue française, non seulement comme moyen de communication mais aussi comme vecteur culturel et diplomatique.
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